This letter exchange between Khalil Mokahli and Jerry Lukongo Tchomba reflects on sustainable development and inequality across Morocco and the Democratic Republic of Congo. Through shared perspectives, it highlights challenges such as social disparities, gender inequality, and environmental pressures, while emphasizing youth engagement, education, and continental collaboration as key drivers for a more equitable and sustainable African future.
LETTER 1
MOKAHLI MOHAMMED KHALIL
Cher ami,
J’espère que cette lettre te trouve en bonne santé et dans un bon état d’esprit. Je suis vraiment heureux(se) de pouvoir échanger avec toi sur un sujet aussi important que le développement durable, surtout dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD). À travers cette lettre, j’aimerais te partager mon regard sur la situation au Maroc, en m’inspirant à la fois de mon vécu et d’une réflexion plus globale sur les enjeux actuels.
Pour moi, le développement durable ne se limite pas seulement à la protection de l’environnement. C’est un équilibre délicat entre trois dimensions essentielles : l’économie, le social et l’environnement. Il s’agit de construire une société qui répond aux besoins du présent sans compromettre ceux des générations futures. Mais entre les principes et la réalité, il existe souvent un écart que l’on ressent au quotidien.
Au Maroc, ces dernières années, on observe une réelle volonté de s’engager dans cette voie. Le pays a lancé plusieurs stratégies ambitieuses, notamment dans le domaine des énergies renouvelables. Par exemple, le complexe solaire Noor à Ouarzazate est souvent cité comme un symbole fort de cette transition énergétique. Il montre que le Maroc veut réduire sa dépendance aux énergies fossiles et investir dans un avenir plus propre. De même, le développement de l’énergie éolienne dans certaines régions témoigne d’un engagement concret.
Cependant, malgré ces avancées, de nombreux défis persistent. L’un des problèmes majeurs reste la gestion de l’eau. Le Maroc est confronté à un stress hydrique important, aggravé par le changement climatique et les périodes de sécheresse de plus en plus fréquentes. Dans certaines régions, l’accès à l’eau devient difficile, ce qui affecte directement l’agriculture, principale source de revenus pour beaucoup de familles.
Sur le plan social, les inégalités restent marquées, notamment entre les zones urbaines et rurales. Dans les grandes villes, on observe un certain progrès en matière d’infrastructures, d’éducation et d’accès aux services. Mais dans les zones rurales, les conditions de vie peuvent être beaucoup plus précaires : accès limité à l’éducation, aux soins de santé, ou encore aux opportunités économiques. Cela montre que le développement durable ne peut être atteint sans une réelle justice sociale.
Un autre aspect important est la gestion des déchets et la protection de l’environnement. Bien que des efforts soient faits pour sensibiliser la population, on constate encore des problèmes liés à la pollution, au manque de tri des déchets et à l’utilisation excessive du plastique. Cela montre que le changement ne dépend pas seulement des politiques publiques, mais aussi des comportements individuels.
Malgré ces difficultés, je reste optimiste. Je vois de plus en plus d’initiatives locales, de jeunes engagés, d’associations et de projets innovants qui cherchent à améliorer les choses. L’éducation joue ici un rôle clé : sensibiliser les jeunes générations aux enjeux environnementaux et sociaux est essentiel pour construire un avenir plus durable.
Je pense aussi que la technologie peut être un levier important. L’accès à l’information, les solutions numériques et les innovations peuvent aider à mieux gérer les ressources, améliorer l’éducation et créer de nouvelles opportunités économiques.
En fin de compte, le développement durable au Maroc est un processus en construction. Il y a des avancées encourageantes, mais aussi des défis importants à relever. Ce qui me semble essentiel, c’est l’implication de tous : gouvernement, entreprises, société civile et citoyens. Chacun a un rôle à jouer.
Je serais très curieux(se) de savoir comment ces questions sont abordées dans ton pays. Quels sont les principaux défis que vous rencontrez ? Penses-tu que les jeunes ont un rôle important à jouer dans ce domaine ?
Merci beaucoup pour ton attention, et j’ai hâte de lire ta réponse et de poursuivre cet échange enrichissant.
Avec toute mon amitié,
À très bientôt,
Mokahli mohammed khalil
LETTER 2
JERRY LUKONGO
Cher ami et précieux binôme Khalil,
C’est pour moi un plaisir non dissimulé de partager avec toi cette correspondance, J’ai parcouru avec lucidité pour analyser sur les Objectifs de Développements Durables (ODD 10) dans ton pays, le Maroc et je suis émerveillé par les innovations de ton pays sur le plan technologique, à l’instar de l’impressionant complexe Noor à Ouarzazate malgré les réalités tangibles du stress hydrique et des disparités sociales. Je me joins avec toi sur le point que le développement n’est durable que s’il repose sur un socle de justice et d’équité.
En écho à vos réflexions, j’aimerais partager avec vous un regard bien ancré dans la réalité de mon pays la République démocratique du Congo, mais aussi ouvert sur les horizons du continent africain. Dans mon pays, la question de l’ODD (10) visant la réduction des inégalités résonne avec une attention particulière.
Cher Khalil, de la même façon pour le Maroc, l’écart existant entre les zones rurales et les zones urbaines en République démocratique du Congo constitue un défi structurel majeur. Alors que les zones urbaines ont accès à l’eau, à l’électricité, à l’éducation, à une connexion internet (même si -de 50% de la population nationale a accès à une connexion stable), les zones rurales quant à elles, se battent pour assurer leurs survies, surtout dans l’est de mon pays, ravagé par les guerres depuis plus de 30 ans.
Actuellement, l’un des piliers majeurs de notre réflexion dans mon pays repose sur l’inclusion des femmes(même si les inégalités sont encore à signaler) et des jeunes dans le secteur politique. Dans le secteur informel s’observe une résilience admirable, mais l’absence de protection sociale maintient adéquatement plusieurs familles dans la précarité cyclique.
Par opposition à l’initiative du Maroc qui généralise la protection sociale est inspirante et devrait nous servir de modèle de réflexion. Comment, pour des pays aux ressources économiques souvent fragmentées, pouvons-nous garantir la dignité de chaque citoyen ? C’est là le noyau de notre lutte pour la réduction des inégalités domestiques.
Sur le plan continental, il y a de quoi être fier de la nouvelle stature géopolitique de l’Afrique. La mise en œuvre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF) est, à mes yeux, l’un des projets les plus prometteurs pour réduire les asymétries entre nos nations.
Je reste convaincu que la digitalisation des services et une éducation tournée vers les métiers du futur sont les seules armes capables d’offrir une véritable émancipation à notre jeunesse, malgré les carences énergétiques persistantes
Franchement, en RDC, les inégalités sont frappantes. Et les femmes, elles triquent plus que les autres, c’est une réalité. Elles se lèvent tôt, travaillent dur, parfois même plus que les hommes, mais au final, elles gagnent moins et on leur donne rarement la parole dans les décisions importantes. Dès l’école, beaucoup de filles restent sur le bord du chemin, alors après, comment veux-tu qu’elles s’en sortent ? Sans instruction, c’est la galère assurée pour sortir de la pauvreté. Et quand il y a des conflits, ce sont elles qui encaissent le plus, souvent dans l’indifférence générale. Pour moi, réduire ces inégalités chez nous, ça commence par croire en elles, les écouter vraiment, et leur filer les outils pour qu’elles puissent se défendre à égalité. Pas de promesses en l’air, des actes.
En essayant d’analyser ta question sur le rôle des jeunes, je suis totalement convaincu que nous ne sommes pas seulement les héritiers de ces enjeux, mais les architectes de leur résolution. La promotion et l’émergence de certains mouvements citoyens et d’initiatives entrepreneuriales portés par la jeunesse montre une volonté farouche de ne plus attendre des solutions venues d’ailleurs. L’éducation, comme tu l’as souligné, doit évoluer pour devenir un outil de transformation sociale, en formant des esprits critiques capables de penser globalement tout en agissant localement.
Ton optimisme, malgré les défis de la gestion des déchets ou de la pollution, trouve un écho vibrant chez moi. Chaque initiative locale, chaque association de quartier qui se lève pour restaurer son environnement est une victoire contre le fatalisme. Le développement durable est un processus ardu, parfois ingrat, mais il est la seule voie vers une survie collective harmonieuse.
J’ai hâte d’approfondir avec toi ces thématiques lors de nos prochains échanges. Ta perspective marocaine m’apporte un éclairage précieux sur la manière dont un pays peut conjuguer tradition, modernité et responsabilité écologique. Puissions-nous, à travers cette correspondance, contribuer modestement à ce dialogue interafricain si nécessaire pour l’édification d’un futur plus juste.
Dans l’attente de te lire, reçois, mon cher binôme, l’expression de mes salutations les plus distinguées et mon amitié sincère.
Bien à toi,
LUKONGO TCHOMBA Jerry
LETTER 3
MOKAHLI MOHAMMED KHALIL
Cher Jerry,
J’espère que tu vas bien depuis notre dernier échange. J’ai lu ta lettre avec beaucoup d’attention et, sincèrement, elle m’a profondément touché. J’ai particulièrement apprécié la manière dont tu as parlé des réalités sociales en République démocratique du Congo avec honnêteté et lucidité, tout en gardant une vision pleine d’espoir pour l’avenir du continent africain. On ressent dans tes mots une vraie réflexion humaine et un réel engagement envers les questions de justice sociale et de développement.
Ton passage sur les femmes m’a particulièrement marqué. Tu as raison de dire que les inégalités touchent souvent les femmes de manière encore plus brutale, surtout dans les contextes de pauvreté ou de conflit. Beaucoup de sociétés africaines reposent silencieusement sur leurs efforts quotidiens, alors qu’elles restent sous-représentées dans les espaces de décision. Je pense aussi que l’éducation des filles est l’un des leviers les plus puissants pour transformer durablement une société. Quand une jeune fille a accès à l’éducation, ce n’est pas seulement son avenir qui change, mais souvent celui de toute une famille, voire d’une génération entière.
Au Maroc aussi, même si des progrès ont été réalisés ces dernières années, les inégalités entre les hommes et les femmes restent présentes dans plusieurs domaines, notamment dans l’accès à certaines opportunités économiques ou dans le monde rural. Cependant, on observe une évolution progressive des mentalités, portée notamment par les jeunes générations et par une présence de plus en plus importante des femmes dans les études supérieures, l’entrepreneuriat et certains secteurs stratégiques.
J’ai aussi trouvé très intéressante ta réflexion sur la ZLECAF. Personnellement, je pense que ce projet représente une opportunité historique pour l’Afrique. Pendant longtemps, nos économies ont davantage regardé vers l’extérieur que vers les échanges intra-africains. Aujourd’hui, avec la mondialisation et les transformations géopolitiques actuelles, je crois que le continent africain doit renforcer sa coopération économique, scientifique et technologique. Nos pays ont énormément de ressources, mais aussi une jeunesse dynamique qui pourrait devenir une véritable force de transformation.
D’ailleurs, je remarque que de plus en plus de jeunes Africains cherchent à entreprendre, à créer des projets innovants ou à utiliser les outils numériques pour résoudre des problèmes locaux. Au Maroc, par exemple, le développement des startups technologiques commence progressivement à prendre de l’ampleur, notamment dans les domaines de la fintech, de l’éducation numérique et des énergies renouvelables. Malgré les difficultés économiques et le chômage qui touchent encore beaucoup de jeunes diplômés, cette nouvelle génération semble vouloir participer activement au changement.
Cependant, je pense que l’un des plus grands défis pour nos pays reste la question de l’éducation et de la formation. Le monde évolue très rapidement avec l’intelligence artificielle, la digitalisation et les nouvelles technologies. Si nos systèmes éducatifs ne s’adaptent pas, une partie de la jeunesse risque d’être exclue des métiers du futur. L’enjeu n’est donc pas seulement de donner accès à l’école, mais aussi de proposer une éducation capable de développer l’esprit critique, la créativité et les compétences nécessaires dans un monde en mutation.
Ces derniers temps, plusieurs débats ont également émergé au Maroc autour de la gestion de l’eau et de l’agriculture face au changement climatique. Les sécheresses successives ont eu un impact important sur certaines régions et rappellent à quel point les questions environnementales sont liées aux inégalités sociales. Ce sont souvent les populations les plus vulnérables qui subissent les conséquences les plus lourdes des crises climatiques. Cela montre encore une fois que le développement durable ne peut pas être séparé de la justice sociale.
Malgré tout cela, je reste convaincu que notre génération a un rôle essentiel à jouer. Comme tu l’as très bien dit, nous ne devons pas seulement attendre des solutions venues d’en haut. Chaque initiative locale, chaque projet porté par des jeunes, chaque action de sensibilisation peut contribuer à faire évoluer les mentalités. Même nos échanges à travers ce projet de Global Pen Friends montrent qu’il est possible de créer des ponts entre différentes réalités africaines et de réfléchir ensemble à un avenir commun.
Je trouve d’ailleurs très enrichissant de découvrir la manière dont les mêmes problématiques se manifestent différemment selon nos pays. Malgré les distances et les contextes différents, on réalise finalement que beaucoup de défis sont partagés à l’échelle du continent : accès à l’éducation, emploi des jeunes, inclusion sociale, protection de l’environnement ou encore développement économique.
Merci encore pour ta lettre sincère et inspirante. J’espère que nos échanges continueront à être aussi enrichissants et qu’ils nous permettront de mieux comprendre les réalités de nos sociétés respectives. En attendant ta prochaine réponse, je t’adresse toute mon amitié et mes salutations les plus chaleureuses.
Bien à toi,
Khalil
LETTER 4
JERRY LUKONGO
Cher ami Khalil,
C’est avec plaisir que je t’écris cette dernière lettre officielle dans le cadre du précieux projet “Global Pen Friends”. C’est un immense plaisir d’avoir discuter avec toi sur l’objectif de développement durable 10 : les inégalités dans le pays et entre les pays ; et j’ai beaucoup appris les réalités du quotidien marocain. Malgré l’avancé majeur de ton pays par rapport au mien sur le plan technologique, sanitaire,… je trouve qu’il faut un vrai engagement et une prise de conscience juvénile, afin d’innover ou soit de consolider les acquis.
Aujourd’hui , j’aimerai te parler de l’ODD 5 : l’égalité entre les sexes, je félicite mon pays pour cette promotion majeure et si significative, on voit beaucoup plus de femmes que d’hommes dans nos universités, notre première ministre est une femme, elles figurent dans plusieurs institutions publiques et privées et occupent des postes significatives. Outre cette émancipation, elles ont aussi le même droit à la parole, à la prise des décisions que les hommes.
À part cela , une préoccupation s’impose , certaines personnes sont toujours convaincues de la supériorité masculine, outre cette émancipation, “la femme vient après l’homme ” disent-elles. Mais moi je crois que tous les sexes sont égaux, complémentaires et doivent jouir les mêmes droits, d’où une urgente sensibilisation sur les réseaux sociaux , aux médias locaux et dans nos familles serait important .
Mais aussi une Éducation aux médias et à l’information visant à briser certains tabous, dès la base de l’éducation (par les enseignants, journalistes et tous ceux qui soutiennent le féminisme). C’est un moyen efficace pour lutter contre cette inégalité des sexes
Un autre point se soulève, ce collatéral en faveur de certains services, certaines femmes, peut importe leurs compétences ne sont retenues que sur base d’échange sexuel, ce n’est pas seulement dans mon pays, ni dans le continent africain, mais partout au monde, la méritocratie et l’équité doivent primer.
Paradoxalement, malgré ce tableau encourageant, je ne peux pas me voiler la face. Une souffrance majeure persiste et associe ces victoires. Dans l’ombre des lois et des nominations officielles, les mentalités archaïques ont la vie dure. Certaines personnes restent fermement convaincues d’une prétendue supériorité masculine. On entend encore trop souvent cette phrase révoltante : « la femme vient après l’homme ». Pour ma part, ma conviction est totale et non négociable : tous les êtres humains, peu importe leur sexe, sont rigoureusement égaux et complémentaires. Nous devons jouir exactement des mêmes droits et des mêmes opportunités.
Pour déraciner ces vieux réflexes patriarcaux, une campagne de sensibilisation urgente et massive est indispensable. Elle doit investir nos espaces de discussion modernes comme les réseaux sociaux, mobiliser nos médias locaux, mais aussi et surtout s’inviter au cœur de nos propres familles, là où les premiers préjugés prennent souvent racine.
Sous cet angle, l’Éducation aux Médias et à l’Information (EMI) m’apparaît comme une solution efficace. Nous devons intégrer cette démarche dès la base de l’éducation, pour apprendre aux enfants à déconstruire les stéréotypes sexistes véhiculés par les images et les discours. C’est un travail de terrain qui exige la coalition des enseignants dans les écoles, des journalistes dans leurs rédactions, et de toutes les forces vives qui soutiennent les valeurs féministes. En apprenant aux jeunes à analyser de manière critique les contenus qu’ils consomment, nous brisons enfin les tabous qui alimentent l’inégalité des sexes.
Enfin, Khalil, je ne peux pas terminer cette lettre sans aborder un problème plus sombre, un fléau système qui me révolte profondément. Trop souvent, l’accès à certains services, à un emploi ou à une promotion est conditionné par un chant ignoble. Toutes les femmes, de part leurs compétences exceptionnelles, leurs diplômes ou leur approfondissement, se voient refuser des postes légitimes si elles ne cèdent pas à des demandes de faveurs sexuelles. Ce fléau du harcèlement et de la corruption morale n’est malheureusement pas l’exclusivité de mon pays, ni même du continent africain. C’est une gangrène mondiale qui détruit des vies et brise des carrières sur tous les continents.
Face à cela, nous devons nous lever pour que la méritocratie réelle et l’équité absolue redeviennent les seuls critères de sélection.
Mon cher ami, ce projet s’arrête, mais j’espère que nos réflexions continueront à mûrir. Ce fut un honneur d’échanger avec toi.
Prend bien soin de toi.
Jerry

