Bridging Continents Through Climate Dialogue: India–DRC Pen Friend Exchange

This letter exchange between Shreya Patil, a law student from India, and Marguerite Kabera, a development economics student from the Democratic Republic of Congo, explores SDG 13 through discussions on climate justice, environmental governance, and sustainable development. Reflecting on experiences from Mumbai, Delhi, and Bukavu, they examine pollution, deforestation, carbon credits, and the gap between environmental laws and their enforcement, emphasizing the need for equitable and collective climate action.

SHREYA PATILL

Dear Marguerite,

My name is Shreya Patil, and I am a first-year law student at a university in New Delhi, India. I came across the Global Pen Friends project and thought it would be a really interesting opportunity to connect with someone from a completely different part of the world. I am excited to be writing to you, and I hope we can have an open and honest exchange about climate change and how it affects our lives in different ways.

Before I get into the topic, let me tell you a little about myself and where I come from. I grew up in Mumbai, which is a large coastal city on the west coast of India. I moved to Delhi recently for law school, so I have actually lived in two very different cities, and I’ve noticed that climate change manifests itself differently in each of them.

In Mumbai, the most visible impacts are rising sea levels and flooding. Growing up, I always loved the sea because it’s such a big part of life in Mumbai. But over the years, flooding during the monsoon season has become much worse. There are areas close to the coast that are now regularly submerged, and people who have lived there for generations are genuinely worried about the future. It’s strange to grow up loving something and then watch it slowly become a source of anxiety for the people around you.

Delhi is a completely different experience. Here, the biggest issue is air pollution. The winters in Delhi are infamous for their smog. Some mornings, it is so thick that you can barely see across the street. I noticed it immediately when I arrived here for the first time. People wear masks as part of their daily lives, not just during the pandemic. The summers are also getting worse every year. Last year, there were days when the temperature exceeded 45 degrees Celsius in parts of North India, which is honestly difficult to describe if you haven’t experienced it yourself.

So, for me personally, climate change is not abstract or distant. I have seen it in the floodwaters of Mumbai and felt it in the air in Delhi. I think that is part of why I find this Sustainable Development Goal (SDG) so important.

As a law student, I am also interested in the gap between what governments promise and what actually happens on the ground. India has made some significant commitments, such as the National Solar Mission, investments in renewable energy, and initiatives like the International Solar Alliance. These are genuine steps forward. However, it is clear that there is still a long way to go. I am eager to know what this gap looks like where you are.

The Democratic Republic of the Congo is something I find really fascinating in the context of climate change because of the Congo Basin rainforest. I learned in school that it is the second-largest tropical rainforest in the world and one of the planet’s most important ecosystems. But I have always wondered: what does that mean for the people who actually live there? I ask because I genuinely don’t know, and I think that is exactly why this exchange is valuable.

I also want to ask: how does climate change actually affect your daily life in the DRC? In India, there is sometimes a feeling that countries like ours, which have contributed far less historically to global emissions, are being asked to carry a disproportionate burden. I wonder whether there is a similar feeling in your country.

I am really looking forward to hearing from you and learning about your perspective. Please feel free to ask me anything in return.

With warm regards,

Shreya Patil

First-year Law Student

National Law University, New Delhi

India

MARGUERITE KABERA

Bukavu, le 24 avril 2026

Chère Shreya,

C’est avec une joie sincère que je fais ta connaissance. À travers le projet Global Pen Friends, nos voix se rencontrent malgré les distances, et je trouve cela profondément beau : deux réalités, deux paysages, mais une même inquiétude, celle d’un climat qui change et redessine nos vies.

Je suis née et j’ai grandi à Bukavu, une ville située à l’est de la République démocratique du Congo, au bord du lac Kivu. Contrairement à Mumbai, nous ne faisons pas face à la montée des eaux. Pourtant, l’eau reste au cœur de nos préoccupations, mais d’une manière plus silencieuse, presque insidieuse.

L’un des défis les plus visibles chez nous est la gestion des déchets. Le long des rives du lac Kivu, ce qui était autrefois un paysage apaisant se transforme peu à peu en un spectacle troublant : des bouteilles en plastique abandonnées, des déchets flottants, des traces persistantes de négligence humaine. Ce qui nourrissait autrefois le regard devient aujourd’hui une source de malaise. C’est une transformation lente, mais profondément marquante.

Ce phénomène dépasse les rives du lac. Les déchets envahissent les routes, les caniveaux et les espaces publics. Leurs conséquences sont bien réelles. Lors des pluies, les canalisations obstruées empêchent l’eau de s’écouler correctement. Elle stagne, s’infiltre et fragilise les sols. Avec le temps, cela provoque des érosions, puis des éboulements. La terre, comme épuisée, finit par céder.

À cela s’ajoute un autre problème majeur : la déforestation. La croissance rapide de la population entraîne une urbanisation souvent désordonnée. Les arbres sont coupés pour faire place aux habitations, sans véritable planification. Je me souviens encore, enfant, des espaces verts où nous jouions. Aujourd’hui, ces lieux ont presque disparu, remplacés par le béton et la brique. L’air semble plus lourd, les paysages plus rigides et la nature plus lointaine.

Le changement climatique se manifeste aussi dans quelque chose de plus subtil, mais tout aussi inquiétant : le dérèglement des saisons. Traditionnellement, Bukavu connaît deux saisons : la saison des pluies, de septembre à mai, et la saison sèche, de juin à août. Mais aujourd’hui, ces repères deviennent flous. Les pluies arrivent en retard, trop tôt ou de manière imprévisible. Pour les agriculteurs, cela représente une véritable incertitude : quand semer ? Quand récolter ? Le climat, autrefois guide, devient source d’angoisse.

Mais au-delà de ces réalités visibles, il existe un autre décalage, plus discret mais tout aussi déterminant : celui entre les promesses et les actes. En République démocratique du Congo, les textes ne manquent pas. Il existe plusieurs lois visant à protéger l’environnement, à encadrer l’exploitation des ressources et à préserver les écosystèmes. Sur le papier, l’engagement est bien présent, presque rassurant.

Mais dans la réalité, ces lois semblent souvent rester silencieuses. Leur application est fragile, leur suivi incertain et, surtout, les sanctions qui devraient les accompagner sont rarement effectives. Peu à peu, l’absence de conséquences devient une habitude. On jette les déchets sans crainte, on coupe les arbres sans retenue, et l’espace public devient le reflet de cette absence de régulation. Ce n’est pas tant l’absence de règles qui pose problème que leur incapacité à s’appliquer pleinement dans le quotidien des citoyens.

Tu évoques une question essentielle : celle de la justice climatique. Ici aussi, ce sentiment est bien présent. La RDC fait partie des pays qui ont très peu contribué aux émissions mondiales et, pourtant, nous en subissons de plein fouet les conséquences. Cela suscite parfois une forme de révolte silencieuse : pourquoi devons-nous porter le poids d’un problème que nous n’avons pas créé ?

La question devient encore plus complexe lorsqu’on parle de notre forêt équatoriale, celle du bassin du Congo. Elle est aujourd’hui au cœur des discussions internationales, notamment à travers les mécanismes de crédits carbone. Sur le papier, cela représente une richesse écologique inestimable. Mais sur le terrain, la réalité est plus nuancée. Beaucoup de personnes se sentent prises dans un dilemme : préserver la forêt, oui, mais comment le faire lorsque les besoins économiques sont urgents et que la pauvreté est omniprésente ?

Ce n’est pas un rejet de la protection de l’environnement, bien au contraire. C’est une interrogation sur l’équité. Peut-on demander à des populations en situation de précarité de renoncer à exploiter leurs ressources sans leur offrir d’alternatives concrètes ?

En tant qu’étudiante en économie du développement, je ne peux dissocier la question climatique de celle de la justice sociale. Pour moi, protéger l’environnement et lutter contre la pauvreté ne devraient pas être des objectifs opposés, mais des défis à relever simultanément. Pourtant, dans la réalité, cet équilibre est difficile à atteindre.

Je serais très curieuse de savoir comment ces tensions se manifestent en Inde. Ressentez-vous aussi ce dilemme entre développement et préservation ? Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans la sensibilisation et la mise en œuvre des politiques climatiques ?

Je crois profondément que ces échanges sont essentiels. Ils nous permettent de mieux comprendre, au-delà des chiffres et des discours, ce que signifie réellement vivre le changement climatique.

Dans l’attente de te lire,

Cordialement,

Marguerite AKONKWA Kabera

SHREYA PATILL

Dear Marguerite,

Thank you so much for your letter. Reading it felt like being introduced to a place I had never properly imagined before. I knew of Bukavu only as a name on a map, and now I can picture myself on the shores of Lake Kivu, the green spaces where you played as a child, and the slow, quiet way things have changed around you.

What struck me most in your letter was your point about laws that exist on paper but are rarely enforced in practice. I want to be honest with you: when I read that, my first reaction was one of recognition rather than surprise. In India, we face the same problem, and it is something I think about a lot as a law student. We have environmental protection laws, landmark court judgments, and constitutional provisions that recognize the right to a clean environment. Yet, the air in Delhi during winter is among the most polluted in the world. The gap between what is written and what is lived is enormous, and what’s frustrating is that this gap results from weak enforcement, political pressure from industries, and a general sense that there will be no real consequences. What you said about the absence of consequences becoming a habit really resonated with me. Once people realize that a law has no teeth, it stops existing in any meaningful way.

Your question about the dilemma between development and environmental preservation is one I find genuinely difficult to answer, and I want to respond honestly rather than simply give you the official version. India is a country where hundreds of millions of people still live in poverty, and where access to electricity, clean water, and a stable income is not guaranteed for a large part of the population. So, when a new highway is built through a forested area, or when a dam displaces a river community, the people who defend those projects are not always wrong to point out that development has real human stakes. I understand that argument. At the same time, I find it difficult to accept when it becomes a reason to avoid environmental protection altogether, or when it turns into a blanket excuse rather than a genuine dilemma.

I think what your letter made me realize is that this tension looks different depending on where you stand. In India, the conversation about development versus the environment often takes place in cities, in courts, and in newspapers, while the people most affected by both deforestation and poverty are rarely the ones in the room. I imagine something similar might be true in the DRC, and I would be curious to know whether ordinary people in Bukavu feel heard in these conversations, or whether decisions about the Congo Basin forest feel as though they are made somewhere far away from them—far away from the people whose voices matter most.

Your point about climate justice also stayed with me. The DRC contributes almost nothing to global emissions and yet lives with some of the most direct consequences. That is a moral problem that I don’t think the international community has seriously reckoned with. In India, we experience a version of this as well. India’s historical emissions are only a fraction of what wealthy industrialized nations have released into the atmosphere over the past century, and yet we are expected to transition away from coal with the same pace and urgency as countries that built much of their wealth on it. I find that genuinely unfair, even though I also believe that climate action cannot wait. Holding both of those ideas at the same time is uncomfortable, but I think it is the most honest position.

I am also curious about the carbon credit mechanisms related to the Congo Basin forest. From what I understand, these are arrangements in which wealthier countries essentially pay to preserve the forest as a way of offsetting their own emissions. I would love to know what you think of these mechanisms. Do people in the DRC see them as a fair exchange, or does it feel more like the rest of the world is placing the burden of its own excess on your country’s land?

I look forward to hearing your thoughts, and I am grateful that this project has brought us into such an interesting and engaging conversation.

With warm regards,

Shreya Patil

First-year Law Student

National Law University, New Delhi

India

MARGUERITE KABERA

Bukavu, le 22 Mai 2026

Chère Shreya,

C’est un immense plaisir de recevoir une réponse de ta part. Lire ta lettre m’a donné l’impression de voyager à travers les mots, comme si, entre les lignes, je traversais des paysages qui m’étaient inconnus. Tes mots m’ont rapprochée de ta réalité et m’ont permis de mieux comprendre les défis environnementaux auxquels vous faites face en Inde : ces lois qui existent mais dont les effets semblent parfois se dissiper avant même d’atteindre le quotidien des populations, ces changements silencieux qui transforment peu à peu les lieux et les vies.

En effet, cette idée des lois qui existent sur le papier mais qui peinent à exister dans les faits, Plus j’y réfléchis, plus je pense que le problème n’est pas réellement la manière dont les lois sont écrites. Les textes, dans bien des cas, sont déjà là ; les principes existent, les règles sont formulées. Le véritable défi semble être leur application. Une loi sans conséquence ressemble un peu à un arbre sans racines : elle paraît solide lorsqu’on la regarde de loin, mais elle ne résiste pas au premier vent.

Je pense que les gouvernements devraient être plus rigoureux dans l’établissement des conséquences, qu’elles soient négatives ou positives. Toute action qui nuit à l’environnement, même la plus petite en apparence, devrait entraîner une conséquence suffisamment forte pour empêcher qu’elle devienne une habitude. Jeter une simple bouteille plastique sur un trottoir peut sembler anodin, mais parfois les plus grands désastres naissent de la répétition de gestes considérés comme insignifiants. De la même manière, les actes positifs devraient eux aussi être récompensés. Une personne qui contribue activement au bien-être de sa communauté ou qui participe à la protection de l’environnement devrait voir ses efforts valorisés. Une société ne se construit pas uniquement en punissant les erreurs ; elle se construit aussi en encourageant les comportements que l’on souhaite voir grandir.

Concernant le débat entre développement et protection de l’environnement, je partage également ton avis : ces deux réalités ne devraient pas s’opposer. Elles devraient avancer côte à côte plutôt que se regarder comme deux adversaires sur un champ de bataille. Je pense qu’une manière de rapprocher ces deux objectifs serait d’investir davantage dans les industries vertes. Les gouvernements pourraient soutenir de manière importante les entreprises écoresponsables et, inversement, faire contribuer davantage les entreprises dont les activités sont fortement polluantes. Les ressources obtenues pourraient ensuite servir à financer des alternatives plus durables.

Je crois qu’un tel système pourrait produire bien plus qu’une simple amélioration environnementale : il pourrait aussi devenir une réponse sociale. Dans des pays comme l’Inde et plus encore en RDC, où une grande partie de la population vit dans des conditions économiques difficiles, ces investissements pourraient créer de nouveaux emplois et offrir de nouvelles opportunités. Lorsqu’une personne possède une source de revenus stable, elle peut davantage accéder à des choix plus responsables et moins destructeurs pour l’environnement.

Tu évoquais également cette question des décisions prises loin des populations qui en subissent pourtant les conséquences directes. Dans mon pays, cela est particulièrement visible lorsqu’il s’agit des populations autochtones. Je pense notamment aux peuples pygmées vivant dans la forêt équatoriale. Pour eux, la forêt n’est pas simplement une ressource naturelle : elle est leur maison, leur histoire, leur mémoire et parfois même leur identité entière. Pourtant, ces populations demeurent très peu représentées dans les décisions prises concernant ces espaces qui sont pourtant les leurs.

Cela me ramène directement à la question des crédits carbone autour de la forêt équatoriale de la RDC. Je reconnais qu’il s’agit d’une initiative qui peut avoir des intentions positives. Cependant, nous avons parfois le sentiment que son impact réel demeure difficile à percevoir pour les populations concernées. Plus profondément encore, il existe parfois l’impression que les pays ayant largement bénéficié d’une industrialisation intensive souhaitent aujourd’hui limiter les possibilités de développement d’autres pays qui n’ont pas encore connu le même parcours.

Je crois que la justice climatique ne devrait pas seulement consister à compenser les conséquences de la pollution par des mécanismes financiers. Elle devrait aussi impliquer une réduction réelle et considérable des émissions par les pays qui ont historiquement le plus contribué à cette situation. Les effets des émissions produites depuis la révolution industrielle sont déjà ressentis par nos générations actuelles. Et parfois je me demande avec inquiétude : si nous ressentons déjà autant les conséquences du passé, qu’en sera-t-il des générations qui viendront après nous ?

Au lieu de transmettre aux générations futures un avenir chargé d’incertitudes, nous devons réduire aujourd’hui ce qui menace leur demain. Les pays développés pourraient ainsi concentrer davantage leurs efforts vers les industries vertes et vers une réduction réelle de leur empreinte environnementale.

Mais au-delà des États et des grandes décisions politiques, je crois aussi que le changement commence à une échelle plus discrète : celle de l’individu. Chaque geste compte, qu’il soit positif ou négatif. Une bouteille abandonnée sur un trottoir peut sembler n’être qu’un détail ; pourtant les catastrophes commencent parfois par une accumulation de détails. À l’inverse, un geste positif, aussi petit soit-il, possède lui aussi une valeur immense. Une goutte d’eau semble insignifiante seule, mais ce sont des millions de gouttes qui forment les océans.

Et c’est peut-être ainsi que nous pourrons réconcilier développement et environnement : par une conscience individuelle qui se transforme progressivement en responsabilité collective, puis en engagement politique. Car ces questions ne concernent pas seulement notre présent ; elles concernent aussi l’avenir de l’humanité entière.

Je suis heureuse que ce projet nous ait permis d’échanger bien plus que des lettres : des idées, des réalités et peut-être aussi une manière différente de regarder notre monde.

Avec mes salutations chaleureuses,

Ta Penfriend,

Marguerite AKONKWA Kabera