Voices of Resilience: India and DR Congo in Conversation on Gender Equality

This letter exchange between two students from India and the Democratic Republic of Congo examines gender equality through personal reflections and real-life experiences. It highlights persistent inequalities, cultural norms, and the impact of conflict, while emphasizing resilience, education, and shifting mindsets. Together, the letters underline shared struggles and the importance of dialogue in fostering empathy and meaningful social change.

SMRITI SINGH

Hello Horizone,

I hope you are in good health. My name is Smriti Singh and I am from India. I am presently studying in Xavier Institute of Social Service. I am quite thrilled to have been matched under this Global Pen Friends program and I am looking forward to knowing you and listening to about your experiences.

Let me tell you a little about myself. I am a highly motivated and curious person. I love to learn new things and especially in the area of human resource and personal growth. I like knowing people, their behaviours, and how individuals grow in different environments. Apart from academics, I prefer to spend my time thinking, strategizing on what to achieve and work on myself as an individual and as a professional.

India is a highly diverse nation with a blend of cultures, languages, traditions and lifestyles. Each region has got something special to present. We have festivals here that are a large aspect of life, and that unite us in beautiful ways. Simultaneously, as a developing country, we have a number of social issues to discuss as well, and hence, the issue of development and equality are quite topical.

Discussing our common SDG 5 – Gender Equality – this is one of the topics I strongly relate to. The main aim of SDG-5 is to achieve gender equality by 2030, recognising it a fundamental rights. Key focus areas are:

– Ending Discrimination
– Eliminating Harmful Practices
– Economic Empowerment
– Sexual and Reproductive Health
– Unpaid Care and Domestic Work

In my case, gender equality is not about having equal rights in the paper, but on the actual freedom, respect and equal opportunities in the daily life.
There is actually an improvement over the years in India. To take an example, female literacy has been enhanced greatly and nowadays it is approximately 70% +. Women are getting into higher education and professional arenas in large numbers. Nevertheless, even with this development, there are issues.

  1. The problem of gap inworkforce participation is one of the major problems. In India, women comprise only about 25 percent of the labor force, indicating that a significant number of women will not receive equal chances to work or will have to focus on household chores. This is an indication of the presence of strong societal expectations in decision making.
  2. The other issue is the gender pay gap and inequality in the leadership positions. Women are usually hindered with career advancement even when they are educated and competent. Social constraints and safety issues, in most instances, also restrain the freedom and movement of women.

And simultaneously, a positive change has also been noticed at least by the younger generation. Today, more women are pursuing a career, becoming self-reliant and demanding their rights. Education and social media have been instrumental in raising awareness and changing attitude. In developmental terms, equal gender rights are directly associated with the general development of a nation. Education and employment of women does not only enhance lives of women but also leads to the growth of economy, and improved living standards by families. Global research has indicated that more women in the workforce can greatly increase the GDP of a nation.

But the actual change is not merely a matter of policies or figures. It is a matter of transformation at the grass root level- the families, communities and in our daily interactions. Even minor measures such as motivating girls to continue with their education, helping them with their professional decisions, and treating them as equals can have a lasting effect.

Personally, I believe that laws and policies are fundamental, but awareness and mindset change is also required. Real equality will be reached when the society will no longer view gender as a confinement and will be able to see individuals in terms of abilities.
I would really like to know about your country, DR Congo. How is the situation of gender equality there? What do you consider to be the main challenges and developments? I also would like to learn about your everyday life, culture, and experiences.

It is an excellent chance that both of us have to learn and understand various visions and learn together. I am eager to receive your response and to continue fruitful dialogues in the future.

Take care and hoping to hear from you soon.

Warm regards,
Smriti Singh

HORIZONE BALITALIKE

Bukavu, le 23 avril 2026

A toi, ma Pen Friend

Chère Smriti,

J’espère que tu vas très bien et que cette lettre te trouve en parfaite santé. J’ai été vraiment très heureuse et honorée de recevoir ta lettre. Merci beaucoup pour ta belle présentation, elle m’a profondément touchée. C’est un réel plaisir pour moi de pouvoir échanger avec toi à travers ce programme Global Pen Friends. C’est même une expérience très spéciale, car c’est la première fois que j’ai l’occasion de correspondre avec une personne venant de l’Inde, et cela me fait énormément plaisir.

Permets-moi de me présenter à mon tour. Je m’appelle Horizone Balitalike, je suis de la République Démocratique du Congo, plus précisément de la province du Sud-Kivu, à l’est du pays, dans la ville de Bukavu. Je fais mes études en économie rurale à l’Université Catholique de Bukavu. Je m’intéresse particulièrement aux questions de développement, surtout celles qui concernent les milieux ruraux, l’agriculture et les conditions de vie des populations.

En lisant ta lettre, j’ai eu l’impression que nous partageons plusieurs points en commun. Comme toi, j’aime beaucoup apprendre, comprendre les autres et réfléchir sur la société. J’aime aussi écrire ce que je pense, analyser les situations et chercher des solutions aux problèmes qui nous entourent. Ta manière de penser m’a beaucoup inspirée.

J’ai été particulièrement impressionnée par ta réflexion sur l’égalité de genre. Je suis totalement d’accord avec toi : l’égalité ne doit pas seulement exister dans les lois ou sur le papier, mais aussi dans la vie quotidienne, dans les comportements, dans les mentalités et dans les relations entre les individus.

Dans notre pays la République Démocratique du Congo, la situation de l’égalité de genre reste un grand défi. Même si des progrès ont été observés, notamment dans l’accès des filles à l’éducation, la réalité quotidienne montre qu’il y a encore beaucoup d’inégalités.

Dans les zones rurales surtout, les femmes jouent un grand rôle dans l’agriculture et dans la gestion des ménages. Pourtant, elles ont un accès limité aux ressources comme la terre, le crédit ou certaines opportunités économiques. Très souvent, elles travaillent beaucoup mais ne bénéficient pas pleinement des fruits de leur travail.
Aujourd’hui dans notre pays, surtout dans la partie Est, la réalité est encore marquée par des conflits et une insécurité qui persistent depuis plusieurs années. Dans ce contexte, les femmes et les jeunes filles sont celles qui paient le plus lourd tribut. Elles vivent souvent dans la peur, et beaucoup d’entre elles subissent des violences de différentes formes presque au quotidien. Ce qui est encore plus difficile, c’est que ces violences ne sont pas seulement physiques. Elles sont aussi morales et psychologiques, et laissent des blessures profondes qui ne se voient pas toujours. Cela affecte leur dignité, leur confiance en elles et leur capacité à se projeter dans l’avenir.

Personnellement, quand j’observe cette situation, je me dis qu’il est très difficile de parler d’égalité de genre dans un environnement où la femme ne se sent pas en sécurité. Car avant même de parler d’opportunités ou de droits, il faut d’abord garantir le respect et la protection de la personne. Tant que certaines femmes continuent à vivre dans la peur ou dans le silence, l’égalité reste encore un objectif à atteindre plutôt qu’une réalité.

Un autre problème important concerne la répartition des rôles dans la société. Dans notre contexte, certaines tâches ou responsabilités sont encore considérées comme réservées aux hommes, simplement parce qu’ils sont des hommes. Pourtant, aujourd’hui, je ne vois pas ce qu’un homme peut faire qu’une femme ne puisse pas faire.

Je peux même dire, à partir de ce que j’observe dans la vie quotidienne, que les femmes font énormément d’efforts. Par exemple, dans un couple où les deux travaillent, l’homme se concentre souvent uniquement sur son travail professionnel. Mais la femme, en plus de son travail, doit s’occuper des tâches ménagères, préparer à manger, organiser la maison et parfois même s’occuper des enfants. Elle se réveille très tôt et se couche tard. Cela montre à quel point les femmes sont fortes et capables. Et donc, les femmes et les hommes n’occupent pas les mêmes positions dans les systèmes économiques et sociaux. Les femmes, en particulier, assument une grande partie du travail domestique et reproductif, tout en participant activement aux activités productives. Cette double charge influence fortement leur capacité à s’engager dans certaines activités économiques.

Il existe aussi des stéréotypes dans le monde professionnel. Par exemple, dans plusieurs entreprises ici chez nous, on retrouve souvent les femmes à la caisse, parce que beaucoup de gens pensent qu’elles gèrent mieux l’argent que les hommes. Pourtant, ce n’est pas une vérité absolue. Il y a des hommes très compétents dans ce domaine, tout comme des femmes. Ce type de mentalité constitue également un obstacle au véritable développement.

Cependant, malgré ces défis, je garde beaucoup d’espoir. J’ai eu une expérience qui m’a marquée lors d’une enquête de terrain que j’ai réalisée à Kamanyola, dans le territoire de Walungu. Nous avions posé une question sur l’égalité de genre à un groupe de paysans. Une femme a pris la parole et a expliqué que, dans leur village, les choses commencent à changer. Les femmes ont maintenant plus de responsabilités, elles participent aux décisions, et leurs maris les soutiennent davantage. Elle a dit qu’elles n’ont plus peur comme avant. Ce témoignage m’a vraiment touchée et m’a donné de l’espoir pour l’avenir.

Je pense sincèrement que le développement de notre société passe par l’égalité entre les hommes et les femmes. Si l’on commence à valoriser les compétences des individus au lieu de se baser sur leur genre, nous pourrons constr
uire une société plus juste et plus développée.

En dehors de ces réflexions, ma vie quotidienne est assez simple. Je consacre beaucoup de temps à la lecture, à la réflexion et à l’analyse des questions de développement. J’aime aussi découvrir les réalités d’autres pays et comprendre comment les sociétés évoluent. J’ai également beaucoup apprécié ton intérêt pour les ressources humaines et le développement personnel. Je trouve cela très inspirant. J’aimerais beaucoup en apprendre davantage sur tes études, ton parcours et tes ambitions futures.
Je te remercie encore pour ta lettre. C’est une très belle opportunité pour nous de partager nos idées, nos expériences et d’apprendre l’une de l’autre. J’attends avec impatience ta prochaine réponse.
Prends bien soin de toi et reste toujours motivée dans tout ce que tu fais.

Avec toute mon amitié,
Horizone Balitalike

SMRITI SINGH

Dear Horizone,

I hope you are doing well. I’d like to start this letter off by thanking you once more for your beautiful response. Your words have been a gift to me for many days. I could read your honesty, intelligence, and caring in every paragraph. Your reflections and experiences got me thinking about gender equality, but in addition, gender parity and the silent battles fought by women around the world. Your comments on women living in fear and insecurity in conflict-stricken areas really resonated with me. It occurred to me how hard it is to think of equality when you don’t have basic safety and dignity. I am in awe of your courage and hope. Despite the hardships you have seen, you have faith in change and development. Just that attitude is a force to reckon with. Your letter also prompted me to think consciously about what is happening in India. While in India people see economic growth, technological advancements, education, and culture, outside India many people see only this, but amid all this growth, there are still deep-rooted social issues that continue to impact women, particularly in rural and conservative communities. In many places in India, even today, giving birth to a girl child is viewed as a burden/disappointment. It is a joyous and proud occasion for families when their son is born, but when their daughter is born, it can be awkward, pitied, or even cause concern. Even though the sex of the child is not decided by the mother, women are held responsible for having a girl in their homes in some families by either the women or other people in the family. This is sad because it demonstrates how strong patriarchy is in society. In some families, if they have a daughter, they have more children until they get a son. The desire for a boy is linked to traditional notions, which hold that after the parents’ deaths, boys will inherit the family name, support the parents, and inherit property. The daughters are known as “temporary members” of the family because when they get married, they are expected to move away from their parents. What hurts me even more is that there is female foeticide in some villages and backward regions so much so that it is illegal. In some families, daughters are aborted in secret since the family does not desire them. Visualize a child losing her right to life even before she has breathed her first due to her gender. I am very disturbed by this reality when I think of it. I wonder, how can society use the term “goddesses” for the festivals and at the same time fail to show basic respect and value to real women and girls in their daily lives? One of the other hurting things is the way girls are raised differently from boys as early as childhood. Boys have more freedom, are better educated, are afforded more opportunities, and are taught sacrifice, adjustment, and silence in many homes. While it may be OK for a boy to be out late, it may not be OK for a girl. Sons are encouraged to dream big and make it happen, daughters are chided for not being “limited”. This gap gradually impacts self-confidence, independence and self-worth. In an educated family, there is sometimes hidden discrimination. Although a woman can be educated and gain a career, society still expects her to run the whole household by herself. She may be seen as the selfish one if she focuses her career, or she may be considered the dutiful one if she has to forgo her career. Women are always juggling with the demands from all corners without much appreciation. On the other hand, I also happen to think that change is a slow process, particularly among the younger generation. Today there are more girls attending school, earning a living and voicing their rights and dreams. Social media, awareness campaigns, and education is changing the way people think. Many men are also waking up to the idea that equality doesn’t make society lesser. Many men are also waking up to the fact that equality does not make society lesser. In my own experience, the most difficult combat is not only against laws or systems but against mindsets that are passed down through generations. So shall it be when the day comes that the father will rejoice at the birth of his daughter as he would at the birth of his son. When the day comes that the father will rejoice at the birth of his daughter as he will at the birth of his son, then will come real equality. It will start when girls are not afraid of anything but confident. It will start when a woman’s value is no longer determined solely by marriage, sacrifice, and motherhood but when she is seen as an individual and as a human being with her own talent and value. I was given hope today with your story about the woman from Kamanyola because it reminded me that change can begin in a quiet way in families and communities. In the same way, I have noticed tiny changes around me which are significant. Nowadays parents are proud of their daughters’ education and career. Females are rising to the top of the business world, politics, and professional positions heretofore barred from women. These changes might appear to be slow, but they are certainly significant indicators of improvement.

I sometimes wonder if everywhere in the world women may live in different cultures and situations, but that there are many common struggles: to be heard, respected, safe, and treated equally. They are also very strong. Women are continuing to be the backbone of families, the creators of communities, survivors of adversity, and keepers of hope. That is a real badge of honour and belongs to that strength and not to this. I would also like to remind you that this exchange has been a lot more significant to me than I thought. I learned about your country through your words, but also about resilience, humanity, and courage. It was a wonderful reminder to me that conversations like ours are crucial because they enable us to gain insight into what is happening in other countries and to have empathy for each other.

I would like to truly thank you for so openly sharing your thoughts and experiences with me. Although I am from a different race and background, I felt I knew you when I read your words. I will never forget the truth, the wisdom, and the hope you still carry with you in the face of difficulties. I really think you can positively impact the people around you. Your sensitivity to society and your awareness of development are very inspirational. Keep talking, learning, and believing in a better future for this world—voices like yours are needed. I hope that one day both our societies are places where women and men are valued equally, not just in law, but in the home, community, workplace, and heart. If half the population is still going to war for dignity and respect there can be no real progress in a society.

Take care of yourself, Horizone. Keep on shining so brightly, as in your letter, with courage and kindness. I will never forget this lovely exchange that we shared.

In warmly wishing you, respectfully, and with sincere friendship,
Smriti Singh

HORIZONE BALITALIKE

Chère Smriti,

J’espère sincèrement que tu vas bien. J’ai lu ta lettre avec énormément d’attention et d’émotion. Honnêtement, je pense que c’est l’une des lettres les plus profondes que j’ai eu l’occasion de lire. En parcourant chacun de tes paragraphes, j’ai ressenti non seulement ton intelligence et ta sensibilité, mais aussi une grande honnêteté dans la manière dont tu regardes la société indienne et les réalités vécues par les femmes autour de toi.

Tes mots m’ont beaucoup touché, particulièrement lorsque tu as parlé de la manière dont certaines familles considèrent encore la naissance d’une fille comme une déception. Même si nos cultures sont différentes, plusieurs réalités que tu décris existent aussi, sous d’autres formes, dans notre pays la République Démocratique du Congo. Cela m’a fait réfléchir à quel point les femmes, partout dans le monde, portent souvent des blessures silencieuses que beaucoup de sociétés ne voient pas toujours.

Tu sais, en RDC, la question de l’égalité entre les hommes et les femmes est extrêmement complexe. C’est un sujet qui me touche personnellement parce qu’en étudiant l’économie rurale, j’ai été amené à observer directement les conditions de vie des populations, surtout dans les villages et les zones affectées par les conflits. Plus j’avançais dans mes recherches et dans mes expériences de terrain, plus je comprenais que les femmes jouent un rôle immense dans notre société, mais que leur contribution reste souvent peu reconnue.

La RDC vit aujourd’hui une sorte de contradiction. D’un côté, notre Constitution reconnaît officiellement l’égalité entre les hommes et les femmes. Il existe aussi des lois qui encouragent la participation des femmes dans la vie politique et publique. Théoriquement, les femmes ont les mêmes droits que les hommes : elles peuvent étudier, travailler, voter, posséder des biens et participer à la politique.

Mais lorsqu’on quitte les textes pour regarder la réalité quotidienne, les choses deviennent beaucoup plus compliquées. Les femmes restent encore sous-représentées dans plusieurs espaces de décision. Beaucoup d’entre elles ont difficilement accès aux ressources économiques, aux terres agricoles ou à certaines opportunités professionnelles. Pourtant, paradoxalement, ce sont elles qui assurent une grande partie du fonctionnement des familles et des communautés.

En milieu rural surtout, les femmes travaillent énormément. Elles cultivent les champs, transportent les récoltes, s’occupent des enfants, préparent les repas, cherchent de l’eau, entretiennent les maisons et participent parfois au petit commerce. Pourtant, malgré tout ce travail, elles restent souvent dépendantes économiquement parce qu’elles ne contrôlent pas réellement les ressources qu’elles contribuent à produire.

C’est quelque chose qui m’a profondément marqué pendant mes recherches. Dans certaines familles, les hommes possèdent officiellement les terres alors que ce sont principalement les femmes qui y travaillent quotidiennement. Plusieurs statistiques montrent même qu’en RDC, la majorité des terres agricoles appartient aux hommes alors que les femmes représentent une grande partie de la main-d’oeuvre agricole. Quand on observe cela, on comprend que les inégalités ne commencent pas seulement dans les institutions, mais souvent à l’intérieur même des structures familiales et sociales.

Tu as parlé dans ta lettre de la manière différente dont les filles et les garçons grandissent en Inde. Ici aussi, cette différence existe énormément. Dès l’enfance, beaucoup de filles apprennent les tâches ménagères tandis que les garçons reçoivent davantage de liberté. Dans certaines familles, lorsqu’il faut choisir quel enfant pourra poursuivre ses études faute de moyens, le garçon est parfois privilégié parce qu’on considère qu’il représentera plus tard « l’avenir de la famille ».

Je pense sincèrement que beaucoup d’inégalités naissent déjà à ce niveau-là. Une fille qui reçoit moins d’éducation aura souvent moins d’autonomie financière plus tard. Cette dépendance économique peut ensuite limiter sa capacité à prendre certaines décisions importantes dans sa vie. C’est un cercle qui se reproduit silencieusement de génération en génération.

Ce qui rend encore la situation plus difficile dans l’Est de la RDC, ce sont les conflits armés. Comme tu l’as très bien dit dans ta lettre, il est difficile de parler d’égalité lorsqu’il manque déjà la sécurité et la dignité humaine. Depuis plusieurs années, les guerres et les violences ont profondément affecté les populations de notre région. Et malheureusement, les femmes en sont souvent les premières victimes. Les violences sexuelles liées aux conflits ont marqué l’histoire de l’Est du Congo pendant des décennies. Beaucoup de femmes ont vécu des traumatismes extrêmement lourds. Le plus douloureux est peut-être le fait que certaines violences finissent parfois par être banalisées dans certaines communautés à force d’être répétées. Cette réalité me fait souvent réfléchir à la manière dont la violence peut progressivement détruire non seulement les corps, mais aussi les mentalités et les relations sociales.

Malgré tout cela, je pense aussi qu’il faut garder une vision équilibrée de la question de l’égalité. Personnellement, je ne crois pas que l’égalité signifie une opposition entre les hommes et les femmes. Je ne pense pas qu’il faille diminuer les hommes pour valoriser les femmes. Pour moi, l’égalité signifie simplement que chaque personne mérite les mêmes droits, les mêmes opportunités et la même dignité humaine. Et heureusement, je vois aussi des évolutions positives dans notre société. Beaucoup d’hommes congolais soutiennent aujourd’hui davantage l’éducation des filles et encouragent leurs épouses ou leurs filles à travailler et à devenir indépendantes. Dans les villes, les mentalités changent progressivement, surtout chez les jeunes générations.
Aujourd’hui, davantage de femmes accèdent aux universités, occupent des postes importants et participent davantage à la vie publique. Nous avons même actuellement une femme Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, ce qui représente un symbole important pour beaucoup de jeunes filles du pays. Il existe aussi de nombreuses associations féminines qui travaillent sur les violences basées sur le genre, l’éducation des filles et l’autonomisation économique des femmes.

Je pense personnellement que la vraie transformation viendra principalement de plusieurs choses. D’abord, l’éducation des filles. Une fille instruite peut transformer non seulement sa propre vie, mais aussi celle de toute sa famille et parfois même de toute une communauté. Ensuite, l’autonomie économique. Une personne qui dépend totalement des autres financièrement devient souvent plus vulnérable face aux abus ou aux injustices. Je pense aussi que les lois seules ne suffisent pas. Les changements les plus difficiles concernent souvent les mentalités. Les traditions et les habitudes sociales mettent parfois beaucoup de temps à évoluer. C’est pourquoi les conversations comme les nôtres sont importantes : elles permettent de réfléchir autrement et de voir le monde avec davantage d’empathie.

Tu as écrit quelque chose qui m’a profondément marqué : le jour où un père sera aussi heureux de la naissance de sa fille que de celle de son fils, alors la société aura réellement changé. Honnêtement, je trouve cette phrase très forte. Elle résume beaucoup de choses.

Moi aussi, j’ai parfois l’impression que malgré les différences de cultures entre nos pays, les femmes partagent souvent les mêmes combats : être respectées, protégées, écoutées et reconnues à leur juste valeur. Pourtant, elles continuent d’être incroyablement fortes. En RDC, ce sont souvent les femmes qui maintiennent les familles debout malgré les guerres, la pauvreté et les difficultés économiques. Le pays fonctionne en grande partie grâce à elles.

Ton message m’a aussi rappelé quelque chose d’important : l’espoir existe encore. Les changements sont peut-être lents, mais ils existent. Les jeunes générations réfléchissent différemment. De plus en plus de personnes commencent à comprendre qu’une société ne peut pas réellement se développer si une partie de sa population reste marginalisée.

Je voudrais également te remercier sincèrement pour cet échange. À travers nos lettres, je découvre non seulement l’Inde, mais aussi une autre manière de voir le monde. Je pense que peu de personnes prennent encore le temps aujourd’hui de discuter aussi profondément des réalités humaines et sociales. Pourtant, ce sont ces conversations qui rapprochent véritablement les peuples. Tu m’as aussi beaucoup inspiré par ta manière de parler avec autant de compassion et de réflexion. On sent dans tes mots une réelle volonté de comprendre les autres et de construire un monde plus juste. Honnêtement, je pense que des personnes comme toi sont importantes dans notre génération.

J’espère sincèrement qu’un jour nos sociétés deviendront des endroits où les femmes et les hommes marcheront réellement côte à côte, sans peur, sans discrimination et avec le même respect. Parce qu’au final, une société ne peut pas avancer correctement lorsque la moitié de sa population doit encore lutter pour sa dignité.

Merci encore pour ta magnifique lettre, Smriti. Cet échange restera certainement l’une des conversations les plus humaines et enrichissantes que j’ai eu l’occasion de vivre.

Prends bien soin de toi.

Avec toute mon amitié et mon respect sincère,
Horizone Balitalike.