Promoting environmental education

Correspondence between Nancy CHIMANUKA (Student in Environmental Sicences, Université Catholique de Bukavu) and Chrisowy Soba (Student in Law, University of Antwerp).

A Chrisowy

Bonjour Chrisowy, comment allez-vous ?

Je suis ravie de pouvoir échanger avec vous sur l’éducation, et en particulier l’éducation environnementale. J’ai hâte d’en apprendre plus sur vous et votre expérience.

Tout d’abord, je commence par vous faire part de ma motivation pour ce sujet. Comme vous le savez et pouvez tous le remarquer, le monde vit actuellement  une crise environnementale (changement climatique, pollution, sécheresse, perte de la biodiversité et tant d’autres). Le monde entier est invité à agir pour éviter la hausse de température, cependant les choses ne se passent pas comme les scientifiques auraient souhaité. La Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) continue de publier de rapport de mise en garde mais la crise perdure. De ma part, j’insiste sur le manque d’éducation en ce qui est des pratiques sur la protection de l’environnement et la biodiversité en générale, mais aussi un manque de sensibilisation intense sur la prise de conscience des actes que nous posons comme les causes de notre situation actuelle. Le monde actuel étant devenu trop capitaliste, nous avons accordé un peu trop d’importance à la recherche des biens matériels et financiers, au péril de la nature qui nous fournit tout ce qui est output pour ces fins. 

Eu égard à ceci, je pense qu’il est important de promouvoir l’éducation environnementale dans notre quotidien, pas seulement dans les écoles mais aussi dans notre société, voire même dans nos familles.

Dans ma ville, le sujet est de plus en plus discuté. Des débats sont organisés, où les problèmes sont nommés et les solutions envisagées. Mais dès que les discussions cessent, nous reprenons notre routine.

On pourrait dire que c’est déjà bien d’en parler, de reconnaître ce qui ne va pas et tout, mais ce n’est pas assez. Tant que nous ne mettrons pas en pratique les solutions issues de ces conversations et/ou sensibilisations sur la protection de l’environnement au centre de nos activités, nous serons en train de nous mener droit vers une fin pas vraiment heureuse avec notre univers. En recevant une éducation environnementale, les gestes de base doivent faire partie de notre quotidien. Toutefois, dans mon pays, nous pouvons remarquer un manque d’insistance de la part des services étatiques à qui incombe cette lourde tâche qui d’autres part est aussi la nôtre.

Le processus d’éducation environnementale est trop vaste et les effets ne sont pas aussi rapides à remarquer,  mais déjà le fait d’en parler est un pas non négligeable. A mon avis, il serait déjà plus avantageux pour ce monde que ces notions ne soient pas seulement pour ceux qui sont passés au banc de l’école mais qu’elles soient inculquées dans notre société et qu’on en fasse bon usage dans notre vie courante. Il y a encore beaucoup des choses à faire pour l’environnement au sein de notre société et avec un minimum de volonté nous pouvons toujours y arriver.

J’espère que je ne me suis pas trop éparpillé dans ce que je dis, j’ai parfois du mal à être concise et brève…

J’attends votre lettre avec impatience, 

Passez une agréable journée !

Nancy CHIMANUKA.                                                                 

Bukavu, le 19 avril 2022

Chère Nancy, 

Avant toute chose, je tiens à m’excuser pour la longue attente. Je n’imagine pas à quel point il doit être désagréable de s’engager dans un projet et attendre pour la disponibilité de la personne avec qui vous êtes supposé travailler. L’expression nous apprend que quand on ne gère pas le temps le temps nous gère.

Je me présente: je m’appelle Chrisowy et je suis étudiante en droit à l’Université d’Anvers. La correspondance a été un énorme intérêt pour moi cette année et lorsque l’école a proposé à ses étudiants de correspondre avec d’autres étudiants sur un niveau international, je n’ai pas hésité et j’ai adhéré au projet. Mon sujet est l’éducation et, compte tenu de la portée du sujet, j’ai choisi de répondre en fonction de ce que vous avez abordé dans votre lettre sur l’environnement.

Tout comme vous, j’ai grandi avec des parents qui donnent la priorité à l’éducation. L’environnement ne fait l’objet d’aucune conversation, ni à la maison , ni dans mon entourage. Dans la société d’aujourd’hui, nous pensons à autre chose. L’argent, la productivité, le succès, etc. sont plus mis à l’avant que les mesures qui mènent à la préservation de notre univers en général et plus particulièrement de nos terres et nos biens. Je suis complètement d’accord avec vous sur le fait qu’on parle des dégâts mais qu’on en fait pas grand chose. Loi après loi, sommet après sommet, la situation ne changent : l’environnement a toujours la dernière place dans nos vies. 

Ici en Belgique, les établissements scolaires mettent en place des mesures pour sensibiliser les élèves à adopter de bonnes habitudes dès le plus jeune âge. Avant d’entrer en détail, j’aimerais préciser que j’ai grandi en Flandre, la partie nord de la Belgique, et qu’il ne serait pas anormal d’entendre une autre version des faits chez une personne qui a grandi en Wallonie (partie sud du pays) ou à Bruxelles Capitale (la partie centrale) car chaque région (pour des raisons politiques et historiques) choisie d’organiser l’éducation indépendamment.

En grandissant, à l’ école primaire on avait quelques actions et journées spéciales qui tournaient tout autour de l’environnement : 

  • Il était interdit d’amener des boissons emballés dans du plastique et la boisson par défaut était de l’eau dans une gourde
  • Il était interdit d’amener son repas du midi dans du papier aluminium, nos goûtées par défaut devaient être des fruits (l’école offrait de fois les fruits  bien sûr pour un petit prix)
  • Chaque an on avait une journée appelé “Dikketruiendag” ou traduit “journée des gros pulls” où chacun élève devait venir plus « habillé » que d’habitude car les chauffages était éteint ce jour-là pour sensibiliser les élèves à économiser de l’énergie
  • Chaque fin de semaine une classe était désignée pour le nettoyage de la cours
  • En particulier dans mon établissement on plantait des arbres dans la cours pour créer plus d’espaces « vertes ».

A l’école secondaire certaines mesures sont restées en place comme trier les ordures ou nettoyer la cour. Ce que je vois comme actions écologiques dans mon université sont le recyclage, la vente de gobelets réutilisables (pour la consommation de café) et de gourdes et la réutilisation de l’eau de pluie pour les systèmes sanitaires. En énumérant toutes ces choses je pense avoir prouvé que oui, l’Éducation nationale met à l’avant l’environnement dès le bas âge mais que les règles instaurées, si pas imposées par force, sont vite oubliées.

Pour vous donner ma très sincère opinion, je ne pense pas que nous ayons la capacité de changer la situation de l’environnement aujourd’hui. Certes, adopter des bonnes habitudes a des avantages pour tous et nos actions portent du fruit mais les dégâts sont tellement grands et certains mêmes irréversibles que je ne pense pas qu’on peut encore beaucoup arranger. Il faut que nous commencions à pointer le doigt vers la bonne direction, c’est-à-dire les grandes entreprises et pays producteurs comme la Chine et les États-Unis, et toutes grandes puissances économiques qui sont à la base de l’effondrement de notre système écologique. Mais comment allons-nous y arriver si ces grandes compagnies sont les agents du monopole de notre société? Comment faire pour (sur)vivre sans eux ? Il est difficile pour moi de voir des gouvernements sincèrement adhérer à des projets qui visent la protection de l’environnement parce qu’ils ne tirent aucun avantage monétaire et malheureusement le peuple aussi pense la même chose car mieux vaut un gouvernement qui veut la richesse du peuple que la protection de son habitat. 

Si jamais, après avoir reçu ma lettre, vous avez une réponse à me donner par rapport à ce problème, je me ferai un plaisir d’en prendre connaissance.

J’espère que ma lettre vous a plu et que la lecture n’est pas trop longue. 

Portez-vous bien et à bientôt! 

Signée, 

Chrisowy 

Gammerages, 5 mai 2022

A Chrisowy 

Bonjour chère Chrisowy, comment allez-vous!

Je vous prie de m’excuser pour cette attente qui a été très longue. Je comprends votre mécontentement, j’en suis sincèrement désolée.

J’ai été enchantée de recevoir votre réponse mais aussi intriguée par les questions que vous avez soulevé. Votre préoccupation m’a motivé à relire un livre que j’ai peiné à finir depuis longtemps. Je l’ai fini cette fois et ça m’a un peu aidé à trouver une sorte de réponse à vos questions. Aussi ça a renforcé les inquiétudes et m’a interpellé une fois de plus sur notre mode de vie. Le livre est celui de Fred Vargas, “L’humanité en péril”, paru en 2019 aux éditions Flammarion. Je ne sais pas si vous en avez déjà entendu parler ou si vous l’avez déjà lu, je vous le conseille vivement. L’auteur ressort tous les problèmes environnementaux et les pistes de solution envisageables. Ces dernières ne sont pas 100% sûres, mais peuvent déjà améliorer les choses. Elle déplore la désinformation de la population et pense que les gens informés agiraient mieux face aux grands pollueurs, parmi lesquels se trouvent le chine et les USA dont vous avez parlé dans votre précédente lettre, et grands lobby industriels. C’est vrai que si les peuples se révoltent et font un bloc face aux multinationales en boycottant certains produits, en faisant des pétitions ou encore en marchant, il y aura de réels changements. Les grandes compagnies reverront leurs procédures, la qualité des produits, l’empreinte carbone, le GES émis et veilleront à satisfaire les clients, parce que ce sont ces derniers qui font leur richesse. On ne peut peut-être pas survivre sans eux mais on a le pouvoir de leur faire agir autrement. Cependant c’est à ce jour difficile de réunir les gens qui se battent avec beaucoup d’énergie et jusqu’au bout pour protéger la terre. Les gens veulent d’abord se nourrir (peu importe l’origine de la nourriture) et subvenir à leurs besoins primaires.

Après avoir lu ce livre, j’ai essayé de voir autour de moi, rien que dans ma ville la masse de personnes qui peuvent agir contre ces puissances et surtout combien peuvent tenir jusqu’au bout et ne pas se laisser corrompre ou amadouer devant des offres alléchantes. Très peu!

Si nous voulons que les gens disent non aux multinationales et aux pays pollueurs, les gens doivent comprendre que protéger l’environnement est crucial, d’où l’importance d’une éducation environnementale. Mais comment faire comprendre à ces personnes qui ont chacun leurs priorités que nous devons lutter ensemble? C’est là la difficulté.

Je vais vous partager une idée du contexte dans lequel se trouve mon pays pour que vous compreniez l’ampleur de la difficulté (pour ne pas dire impossible, car il faut toujours garder espoir d’aboutir à une action commune).

  1. La majorité de la population n’est pas riche et vit avec moins de 2 dollars par jour. En se levant chaque matin, parents et enfants n’ont qu’un objectif, « gagner un peu d’argent », et ce n’est jamais assez. Le métier qu’ils font c’est soit de petit commerce, soit de maçonnerie, soit ils sont chauffeurs de bus ou moto, ou encore ils travaillent dans des zones minières. Avec des personnes qui vivent au jour le jour, il est difficile de mener des actions environnementales sans l’appui de l’État ou d’un riche bailleur de fonds. Qui fournira de quoi mettre en place des entreprises ou commerces verts où les gens pourront travailler. Car ce dont ils ont vraiment besoin c’est d’un travail qui leur permette de subvenir à leurs besoins. A quoi bon leur parler de la protection de l’environnement, leur dire d’adopter un meilleur comportement, de réduire leur empreinte carbone s’ils doivent continuer à vivre dans de mauvaises conditions ? Certes on peut essayer de nous même, on peut observer un changement mais ça sera de courte durée et n’aura au final qu’un faible impact s’il n’y a aucune politique de l’État qui l’accompagne. 
  2. Il y a aussi ceux qui ont assez de moyens. Ceux qui vivent dans de bonnes conditions. Certains ne sont pas riches, d’autres le sont. On peut croire que ceux-là seront facilement réceptifs à l’éducation environnementale et peuvent être plus aptes à agir. Mais ce n’est pas le cas. Il y a comme un courant de masse (je ne sais pas si le terme est vraiment approprié). Tout le monde veut une voiture pour «ne plus arriver en retard au boulot», soi disant; tout le monde veut équiper sa maison de la dernière technologie; tout le monde veut une maison en ville (les constructions sont anarchiques ici, pas de caniveaux pour laisser passer eau, pas de trottoirs, une grande promiscuité entre maison and so on), on utilise tous des couches jetables pour les enfants (le chemin parcouru après usage, on ne s’en soucie plus), il faut acheter quand c’est abimé et non réparer quand c’est cassé, le gaspillage de la nourriture (il faut mettre des plats présentables à table). Il n’y a aucun mal à vouloir une vie de qualité et de confort. Mais personne ne vérifie l’origine de ses biens, tant que c’est beau et que c’est luxueux, le reste ne compte pas trop. On se soucie moins des dépenses, ce qui est aussi un danger pour la planète.

En ça se sont mes observations, j’aurai bien aimé avoir fait des recherches comme Fred, mais  ce n’est pas le cas. Mes observations n’ont pas de base scientifique. C’est juste ce que je vois et entend autour de moi. En lisant ce livre, je me suis rendu compte que c’est tout notre mode de vie qui contribue à la perte de la terre. C’est les besoins qu’on cherche à satisfaire chaque qui font fonctionner les multinationaux et les encouragent à produire toujours plus. 

Pour pouvoir pointer du doigts ces grands pollueurs, il faut que les gens en comprennent la raison. D’où l’importance d’une éducation environnementale. Mais l’éducation ne doit pas se limiter à prôner l’importance d’une terre bien protégée. Elle doit aussi tenir compte du besoin de base des populations. Il faut élaborer tout un plan, avec des objectifs, des problèmes, des conséquences,etc. 

J’ai une préoccupation, pourquoi avec toutes ces réunions « COP » qui ont lieu chaque année si pas chaque deux ans, les choses ne s’améliorent pas? Combien de dépenses sont faites pour organiser ces réunions qui finalement n’aboutissent pas à grand-chose. Pourquoi ne pas allouer cette somme à un réel projet? 

J’espère que je ne me suis pas très égarée du sujet. Je serai contente d’avoir une suite un de ces jours!!

Cordialement,

Nancy CHIMANUKA.                                             

Bukavu, le 23 mai 2022